Romain Blanck

Le travail de Romain Blanck commence par la collecte de formes abandonnées, éphémères, souvent réalisées dans l’urgence et qu’il considère comme disponibles. Traduction de cesgestes désintéressés, la peinture, construite par recouvrements successifs, les corrige, masqueet déforme, les repentirs laissant apparaître les négociations entre niveaux de reproduction,protocole établi et accidents assumés.Les titres choisis ici par Romain Blanck sont tirés d’un passage d’Exercices de Style de R. Queneau intitulé « Maladroit », terme que l’artiste revendique en écho au droit à l’erreur des couteliers pourle 13 ème couteau, possiblement moins parfait que les 12 autres. Les compositions de ligneset de couleurs sans prétention sur lesquelles il pose son regard – du graffiti au griffonnage pour tester un stylo, d’une carrosserie à un marquage de chantier ou un dessin gravé sur la vitre d’unbus – ne sont pas dupliquées dans ses peintures puisque chaque forme ou action sur la toile est nécessairement ratée, ne pouvant être juste par rapport à l’observation. Ne serait-ce que par le changement de support et d’échelle ou la combinaison d’éléments. De même que le choix d’outils ou d’une vitesse d’exécution non appropriés à leur reprise exacte, ces caractéristiques du processus de travail relèvent de la volonté : si certains gestes ne semblent pouvoir être contenus, « la maladresse » est contrôlée.

Les œuvres résultent ainsi d’arrangements avec le réel et conservent les traces de leurs états successifs, comme dans ‘Je préfère m’arrêter’, où se sont croisées et évitées plusieurs formes dont il ne demeure finalement que des bribes. La peinture se déploie donc dans la tension entre la maîtrise et son abandon, comme le souligne avec humour ‘Je ne sais pas comment j’ai fait mais me voilà revenu tout au début’.



Journal d’exposition, Eclats 2020, Aurélie Barnier